Cinq sens

 

 

La Terre serait enfin nue,

Il me faudrait être le dernier.

 

Avant de devoir à tous pardonner,

Au hasard d'une vertue,

Peut-être voudrait-Il exhausser

Mon ultime volonté.

 

S'Il me demandait ce que je voulais

Voir une dernière fois, je répondrais :

Je veux voir celle

Dont la silhouette est si belle

Que mes yeux ne pourraient s'estimer heureux

S'ils ne se ferment sur la couleur de ses yeux

 

S'Il me demandait ce que je voulais

Sentir une dernière fois, je répondrais :

Je veux la sentir elle

Tout contre moi bien au chaud

Car mon nez ne pourrait trouver de repos

Sans se noyer dans l'odeur de sa peau

 

S'Il me demandait ce que je voulais

Goûter une dernière fois, je répondrais :

Je veux que ma bouche se souvienne d'elle

Comme du seul goût qui ait existé

Car mes lèvres ne sauraient se refermer

Que sur les formes amandines de ses lèvres

 

S'Il me demandait ce que je voulais

Toucher une dernière fois, je répondrais :

Je ne veux serrer qu'elle

Encore presque à l'étouffer

Car à quoi servent mes poings serrés

Sans mes doigts avec ses doigts enlacés

 

S'Il me demandait à qui je voulais

Parler une dernière fois, je répondrais :

Je veux lui parler

Pour que mes mots puissent la guider

Pour que je puisse finir par articuler

Des je t'aime par milliers

 

Mais en fait, si celà peut le rassurer

Angoissé qu'Il pourrait être de tant de souhaits

Je ne lui demanderais rien

Car si j'étais le dernier terrien,

Privé de ma moitié

Mes cinq sens n'auraient plus à se distinguer

J'aurais déjà cessé d'exister.

 

Clairac, le 3 décembre 1993

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